Avec tous ces talismans aperçus aux hanches des hommes, aux cous des enfants ou aux rétroviseurs des taxis, après avoir entendu si souvent parler de mangeurs d’âmes, de personnes qui se sont « faites travailler » ou « wacker »*, je ne pouvais décemment pas quitter l’Afrique de l’Ouest sans rendre visite à un marabout.
Habiba, une amie nigérienne, m’a donc conduit chez son « Malam » pour une séance de maraboutage avant décollage. Y croire ou pas, la question n’est pas là. Ma boule d’angoisse et moi ne crachons pas sur une protection supplémentaire avant de monter à bord.
A-t-on frôlé la catastrophe ou l’acte manqué ? Faut-il en rire ou en pleurer ? Au bout du fil, le monsieur Air France de Niamey s’est en tout cas bien marré !
« Ce qui m’a vraiment donné envie d’étudier cette parole du griot, c’est tout d’abord ma rencontre avec Dialba. » se souvient Sandra.
Puis, la question centrale de mon travail est venue d’une observation : un jour, lors du mariage d’un membre de la famille parmi laquelle je vivais, j’ai vu le jeune marié trembler à l’écoute de sa généalogie. J’ai alors demandé ce qui se passait et les gens autour de moi m’ont dit que c’était normal. J’ai alors voulu comprendre ce qui provoquait de tels tremblements et ce qui se jouait à ce moment. Ceci m’a amenée sur la piste du pouvoir du jasare et de sa parole : alors qu’il est clairement considéré comme “inférieur” au noble, il prend tout à coup pouvoir sur lui et cela grâce à sa parole
Petite, Sandra Bornand rêvait d’Afrique noire en écoutant les récits de son cousin né au Tchad et en fouillant dans le grenier de sa grand-mère. Elle collectait les pièces de 20 centimes, se promettant de poser les pieds un jour sur cet autre continent.
A la fin de ses études, elle décide de travailler sur un extrait d’une épopée d’un griot nigérien. Et part. « Quand je suis arrivée au Niger, c’était comme une évidence », dit-elle.
Elle qui voulait quitter le monde universitaire se lance dans une thèse sur les jasare (les griots généalogistes et historiens) et noue des relations particulières avec Djibo Badié, dit Djéliba (litt. “le grand griot”) ou Dialba (celui que j’ai suivi lors du mariage princier à Hamdallaye).
Pendant que ses femmes, ses filles, ses petites-filles et ses nièces s’affairent dans la courée familiale, véritable petit village dans la ville, Dialba proposait l’autre soir de détailler les ingrédients de la beauté de la femme africaine. Allons donc !
Vous avez peut-être noté qu’au Mali, j’ai soigneusement évité de vous faire le coup de la chanson « les dimanches à Bamako, c’est les jours de … »* A Niamey, en revanche, j’ai eu la chance d’assister, ce dimanche, à un mariage princier. Celui du fils de feu le chef traditionnel d’Hamdallaye, un village au nord-est de la capitale nigérienne.
Aussitôt arrivée dans la capitale nigérienne, voilà que je la quitte ! Pas longtemps. Une petite journée seulement, au sud de Niamey, aux alentours du village de Kouré.
Une petite journée, le temps de se tordre le cou pour admirer les girafes (les dernières de l’Afrique de l’Ouest paraît-il), d’acheter des papayes, de prendre un coup de soleil sur le nez et d’apprendre quelques mots de zarma.
Les murs nus et blancs, écrasés de soleil, de la gare routière de Niamey sont restés impassibles devant mon sourire quand je suis descendue du bus lundi. Ingrats. Eux pourtant, étaient à ce moment-là pour moi, le plus beau décor au monde.
Pendant que je tente une nouvelle fois de passer la frontière nigérienne, je vous laisse encore un jour à Ouagadougou.
Dès mon arrivée à Ouagadougou, tout le monde m’a conseillée d’essayer de rencontrer Maître Frédéric Titinga Pacere. Essayer seulement parce que Maître Pacere est un homme très occupé. « Hommes de lettres et de culture », Me Pacere est également avocat et plaide depuis 1985 au Tribunal Pénal International.
Ma chance, c’est que les plaidoiries du procès auquel il prend part sont terminées. Et qu’il s’accorde quelques mois de répit chez lui, au Burkina, pour souffler et s’occuper de son musée de Manega, « le plus grand musée privé d’Afrique de l’ouest », précise-t-il, le musée de la Bendrologie.
Souffler un peu et, au passage, publier quelques bouquins, sa spécialité. La liste de ses ouvrages est si longue qu’il peut se permettre d’en placer un titre à peu près dans chacune de ses réponses !
Je devais aujourd’hui reprendre la route pour la dernière étape du voyage : Ouagadougou - Niamey. L’ultime session de « dix heures* à se tasser les vertèbres et à fondre sur des fauteuils en simili cuir » de cette traversée. Dernière étape qui s’avère être la plus compliquée car la plus incertaine.