Veillée chez les Sy, griots peuls
Sous un auvent de paille, face à la gare routière de Dagana, j’ai été frappée par la longueur des bras et des jambes d’Abdourahmani Sy, fils de griots peuls.
Immenses. Presque effrayants au regard de sa bouille d’enfant. Et pourtant, il a déjà trente ans. On dit que le temps ne compte pas en Afrique. C’est peut-être pour cela que les hommes ne semblent pas vieillir. Abdourahmani aurait pu me dire « j’ai 17 ans », je l’aurais cru.
Lui, le fils de Madani Thiam Sy et de Nbeye Thiam, est fier d’être un Bambado : un griot peul.
Avant de me présenter ses parents, lui, l’enseignant de Dagana, me donne quelques précisions en guise d’introduction. Le Bambado, c’est « celui qui vit sur le dos du Peul ». Partout où il y aura des Peuls, il y aura des Bambado. Matériellement, le Bambado dépend du Peul dont il chante les louanges et les ancêtres accompagné de son khalam, luth à cinq cordes.
Le père et la mère de Abdourahmani dit « Sy » se rendent toujours chez les Peuls pour leur rappeler d’où ils viennent. Ils sont toujours invités aux mariages, aux baptêmes, à toutes les cérémonies familiales et ils vivent bien. Pourquoi lui alors n’a-t-il pas souhaité en vivre ?
Dans la soirée, après la tombée de la nuit, je le retrouve chez lui. Entre sa maison et celle de son père, des nattes sont étendues sur le sable. C’est là que l’on passe la soirée, à parler, à regarder le poste de télévision « jusqu’à ce que les émissions ne nous intéressent plus »*, à cuisiner et à manger. Mais Sy ne veut pas que l’on parle ou que l’on joue du khalam comme ça dehors. « Sinon dans cinq minutes, il y aura trente personnes autour de nous. » Alors nous rentrons dans une des pièces à vivre, entre des murs encore chauds de la journée.
L’un après l’autre, les membres de la famille nous rejoignent. S’installent sur un matelas ou dans un coin de la pièce. Bercés par la voix du patriarche, ils somnolent.
Madani Thiam Sy répond très consciencieusement en poular à toutes mes questions mais ne me regarde pas. En tout cas, pas au début. J’ai l’impression qu’il ne regarde quasiment personne dans les yeux. Moi, je le fixe. Et pendant ce temps, toute la famille me scrute intensément.
Madany Thiam Sy avait douze ans quand ses parents l’ont retiré de l’école coranique pour lui apprendre les chants, l’art de jouer le khalam et l’histoire des Peuls. C’est sans hésiter qu’il a envoyé tous ses enfants à l’école. « C’est le modernisme. La radio, la télévision. Il y a encore des gens qui respectent et aiment les Bambados mais il y en a beaucoup qui leur tournent le dos. Ne les écoutent plus, ne veulent plus leur donner ce qui leur est dû. »
Que va-t-il advenir de son savoir après sa mort ? « J’ai raconté à mes fils, à mes filles. » Pas d’enregistrement ? « Je n’ai pas les moyens de faire ça et le ministère de la Culture ne fait rien pour nous. »
Un peu de musique. Le rythme, c’est la griote qui s’en charge à l’aide de gros fruits séchés et creux.
* surprenante programmation : après un concert de Céline Dion datant de 99 (« je voulais vous dire : René va bien ») des clips Bollywood, un télé novelas, un documentaire animalier…
** désolée pour les dernières photos, je les ai mises en noir et blanc car le flash, ça fait vraiment des ravages.
05/11/2009


05/11/2009 à 17 h 29 min
Merci ma douce Amélotte de nous faire voyager, par les mots, les images et les sons!
Belle route encore et toujours…
Dans l’attente impatiente de te lire!
R.
05/11/2009 à 21 h 02 min
J’ai passé une très bonne soirée! Merci! J’ai hâte que tu poursuives ta route.