La parole menacée / Entretien avec Sandra Bornand (2/2)

Mardi, janvier 12th, 2010

« Ce qui m’a vraiment donné envie d’étudier cette parole du griot, c’est tout d’abord ma rencontre avec Dialba. » se souvient Sandra.

Puis, la question centrale de mon travail est venue d’une observation : un jour, lors du mariage d’un membre de la famille parmi laquelle je vivais, j’ai vu le jeune marié trembler à l’écoute de sa généalogie. J’ai alors demandé ce qui se passait et les gens autour de moi m’ont dit que c’était normal. J’ai alors voulu comprendre ce qui provoquait de tels tremblements et ce qui se jouait à ce moment. Ceci m’a amenée sur la piste du pouvoir du jasare et de sa parole : alors qu’il est clairement considéré comme “inférieur” au noble, il prend tout à coup pouvoir sur lui et cela grâce à sa parole

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« Quand un discours m’exalte » / Entretien avec Sandra Bornand (1/2)

Dimanche, janvier 10th, 2010

Petite, Sandra Bornand rêvait d’Afrique noire en écoutant les récits de son cousin né au Tchad et en fouillant dans le grenier de sa grand-mère. Elle collectait les pièces de 20 centimes, se promettant de poser les pieds un jour sur cet autre continent.  

A la fin de ses études, elle décide de travailler sur un extrait d’une épopée d’un griot nigérien. Et part. « Quand je suis arrivée au Niger, c’était comme une évidence », dit-elle.  

Elle qui voulait quitter le monde universitaire se lance dans une thèse sur les jasare (les griots généalogistes et historiens) et noue des relations particulières avec Djibo Badié, dit Djéliba (litt. “le grand griot”) ou Dialba (celui que j’ai suivi lors du mariage princier à Hamdallaye). 

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Ami Koïta, diva mandingue

Jeudi, décembre 10th, 2009

 Ami Koita

ENFIN ! Une griotte ! Il était temps, me direz-vous.

Toujours encadrées, toujours au second plan, femmes de griots avant d’être griottes, celles croisées avant Ami laissaient la parole aux hommes. Je voulais donc profiter de mon séjour à Bamako pour rencontrer des femmes indépendantes, des griottes célèbres, celles dont les cassettes grésillent partout, dans les bus, les taxis, les cafés, celles qui font la une des magazines locaux. Mah Kouyaté numéro 1, Oumou Sangaré, Babani Koné ou Ami Koïta.

Mes méthodes d’approche n’ont pas été fructueuses. Les jours passaient. Messages sur répondeur. « Rappelez demain, rappelez la semaine prochaine »…

Et voilà qu’en deux jours, mes deux derniers jours à Bamako, les griottes semblent tomber du ciel !

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