Massa Makan Diabaté, le griot écrivain

Massa Makan DiabatéAvant de quitter le Mali et de découvrir le Burkina Faso, je voulais vous parler de Massa Makan Diabaté.

Son nom ne me disait rien et pourtant, on me l’a présenté comme un grand écrivain malien, presque aussi populaire qu’Amadou Hampâté Bâ.

 

 

Héritier spirituel d’une grande famille de griots de Kita, il a choisi de coucher sur le papier des récits traditionnels, des mythes fondateurs de la culture malinké, qu’il a collectés auprès de son oncle Kélé Monzon et d’autres grands historiens traditionnalistes maliens. Au carrefour de l’oral et de l’écrit, « Massa » était persuadé que l’écriture était le salut de ce patrimoine oral tout en étant conscient qu’il allait à l’encontre de siècles de transmission immatérielle.

Massa Makan Diabaté est mort en 1988. Ce sont d’autres, bien vivants, qui m’ont parlé de lui à Bamako. Anne-Marie Le Bot qui l’a côtoyé pendant les trois dernières années de sa vie. Et Sirafily Diango, professeur de lettres au lycée Massa Makan Diabaté, le plus grand lycée public de la capitale.

Sirafily Diango

Sirafily pourrait parler de « Massa » pendant des heures. Il a été son élève un temps à l’Ecole normale supérieure et en garde le souvenir d’un homme très charismatique « si éloquant qu’il s’écoutait parler, avec un humour croustillant ».  Sirafily ne se lasse pas de lire et relire les livres de l’écrivain disparu, les adapte pour en faire des pièces de théâtre et s’est inscrit dans une université ivoirienne pour être le premier à réaliser un doctorat sur l’auteur malien.

Sirafily Diango devant le portrait peint de Massa Makan Diabaté

Je lui ai demandé de choisir des extraits de l’oeuvre de Massa Makan Diabaté. Et de me les lire.  » Ca ne te dérange pas ? «  ai-je demandé. « Si ca me dérange ! Je pourrais faire ça pendant des heures ! » Je vous en propose quelques minutes :

Puisant sa matière auprès de Kélé Monzon, « son réservoir », Massa s’est d’abord attaché à collecter une partie de l’histoire du Mandé. Son oncle, d’abord réticent, craignait que « la parole sacrée perde de sa force » mais finit par lui confier une part de son savoir. Lorsque son premier ouvrage est publié, Massa se rend, très fier, présenté l’ouvrage à Kélé Monzon. La sanction tombe « voilà des paroles qui ne respirent plus ».

Ces textes, vous allez l’entendre, ont une rythmique déstabilisante, plein de disgressions et d’allusions. « C’est le souffle propre au griot que Massa a respecté. Quand on écoute un griot, on écoute aussi ses silences. C’est une parole incantatoire », explique Sirafily Diango.

Autre élément perturbant : les noms changent sans cesse et un personnage est appellé de différentes manières. Fakoly à la grand bouche, Fakoly à la grosse tête. « La nomination est très importante dans le Mandé pour parler d’une personne. Fakoly était tout simplement un géant. »

Dans Janjon (prononcez Djandjon), est relatée l’épopée de Soundjata Keïta, le fondateur de l’empire Mandingue.  « Une chanson que l’on ne chante que pour le Roi, une geste que l’on peut comparer à la chanson de Roland. »

 

Puis un extrait de Kala Jata, Le lion à l’arc.

Avant d’entamer son récit, le griot lance « Yanmariyo » puis se place par rapport à ses ancêtres. Sa généalogie, son origine lui donne la légitimité pour prendre ainsi la parole et raconter.

 Ce que plus tard que Massa Makan Diabaté se lance dans la fiction. Dans « La trilogie de Kouta », il rend hommage à son village d’origine, Kita .

Dans « Le lieutenant de Kouta », « Le Boucher de Kouta » puis « Le coiffeur de Kouta », Massa Makan Diabaté mélange fiction et des acteurs de son enfance et adolescence, des personnages qu’il a côtoyés et qui vivaient encore à la parution de ses livres. Il y dresse un  portrait doux et plein d’humour des habitants malinké de Kita.
L’écrivain ne s’est pas privé et les présente aussi dans leurs travers, leurs mesquineries et leurs vices. Les habitants de Kita ne lui en ont pas tenu rigueur. La rue où vit la grande famille de l’écrivain défunt porte aujourd’hui son nom.

Ecoutez un extrait du Lieutenant de Kouta, premier volet de la Trilogie de Kouta. Le lieutenant est amoureux de la belle Awa, une Sénégalaise, qu’il observe à l’aide de jumelles rouler des hanches au marché.

 

Sirafily affirme que de tels propos pourraient choquer la pudeur bambara mais font hurler de rire les Malinkés, friants d’humour cru.

Un autre extrait de la Trilogie, issu du Boucher de Kouta. Le portrait d’un personnage que Sirafily aime beaucoup : un pauvre homme un peu bouffon qu’il compare à Sganarelle.

Sirafily Diango

*Merci à Matthieu pour ses photos

12/12/2009

Une Réponse pour “Massa Makan Diabaté, le griot écrivain”

  1. Redigé par LABARDE Raymond:

    Bonjour Amélie ,

    nous sommes les voisins de tes parents à Balma et nous suivons ton
    fabuleux périple .
    continues de nous faire ressentir les choses de là bas , car franchement c’est tellement bien réussi , qu’ il ne nous manque que les odeurs .

    Claude et Raymond