Ami Koïta, diva mandingue

 Ami Koita

ENFIN ! Une griotte ! Il était temps, me direz-vous.

Toujours encadrées, toujours au second plan, femmes de griots avant d’être griottes, celles croisées avant Ami laissaient la parole aux hommes. Je voulais donc profiter de mon séjour à Bamako pour rencontrer des femmes indépendantes, des griottes célèbres, celles dont les cassettes grésillent partout, dans les bus, les taxis, les cafés, celles qui font la une des magazines locaux. Mah Kouyaté numéro 1, Oumou Sangaré, Babani Koné ou Ami Koïta.

Mes méthodes d’approche n’ont pas été fructueuses. Les jours passaient. Messages sur répondeur. « Rappelez demain, rappelez la semaine prochaine »…

Et voilà qu’en deux jours, mes deux derniers jours à Bamako, les griottes semblent tomber du ciel !

Hier soir, invitée à une fête de griots, je me suis retrouvée au milieu de plusieurs centaines de Diabaté, de Kouyaté et de Dembele !!! Débauche de bazin colorés, de faux sourcils et de bijoux démesurés en plaqué or. Sur de gros fauteuils en cuir beige, trônait le président des griots du Mali, Ousmane Soumano, son bâton de chef à la main, feutre rouge mou sur la tête, et porte-parole officiel à sa gauche* (celui-là même que j’essayais de rencontrer depuis des jours).

Devant les lumières de la télévision malienne, une griotte Kouyaté chante pour les invités. Je demande à mon voisin si Mah Kouyaté est là. « Elle était là cet après-midi. » Et je viens de manquer Ami Koïta. Soupir.

Mais ce midi, ça y est, j’ai rendez-vous, pour de vrai, avec une grande griotte. Ami Koïta.

Korofina Sud 

« Une fois à Korofina Sud, vous demandez la maison d’Ami Koïta. Tout le monde me connaît. »

Derrière un portail en fer forgé, une cour ensoleillée où sèche du linge et somnolent de grosses voitures et une Jakarta rose bonbon. Autour, de grandes bâtisses blanches. Quelques enfants. Une bonne odeur s’échappe d’une porte. C’est la mère d’Ami qui cuisine.

La maman d'Ami Koïta

Ami Koïta descend de chez elle et m’invite dans un salon qui semble ne servir qu’exceptionnellement, les traits ensommeillés.

Ami Koïta est née il y a un peu plus de cinquante ans à Djoliba, ville à 40 km de Bamako, « fondée, dit-elle, par un de mes ancêtres, un Koïta qui a ensuite invité un Keïta à prendre place à ses côtés. »

« Je suis née dans ce monde. Petite, autour de moi, ma grand-mère chantait, ma mère chantait, mon père était historien. Je savais à peine parler et déjà, quand autour de moi on chantait, j’ouvrais la bouche pour crier. » De peur que le talent de sa fille n’attise les jalousies, sa mère veut l’en empêcher. C’est son père qui l’encourage. « J’aimais tellement chanter. C’était comme si je ne sentais plus rien, je ne pensais à rien. Il n’y avait plus rien d’autre dans le monde. »

Ami Koïta

Après la mort de son père, Ami, encore petite fille, déménage à Bamako avec sa mère. Elle la suit dans toutes les manifestations. Et rapidement, son talent est repéré. « A 12, 13 ans, j’avais déjà des fans, je recevais de l’argent. J’ai compris que je pouvais en vivre et j’ai arrêté mes études. »

Ami Koïta rejoint l’Ensemble instrumental du Mali. En 1978, elle sort sa première cassette et est ainsi une des premières griottes à sortir du cadre des manifestations (baptême, anniversaire, mariage) organisées par des privés. « Grâce à mon éducation, je suis restée droite, honnête. La musique a toujours été pour moi une passion et un héritage. » précise-t-elle pour se distinguer des artistes qui se réclament du même monde alors que leurs parents n’ont jamais chanté.

Aux récits épiques et aux chants traditionnels maliens, Ami a ajouté de nouveaux thèmes. L’excision, la place de la femme, la « méchanceté »… »le social » comme elle dit.  » Beaucoup m’ont critiquée, me demandant pour qui je me prenais. »

Son dernier album date de 2003.  » Mais ça y est, je suis en train d’en préparer un autre. Si j’ai laissé passer autant d’années, c’est à cause de la piraterie. » D’après elle, les producteurs sérieux manquent ici au Mali et la chanteuse cherche quelqu’un de confiance pour s’occuper de ses futurs projets.

Et ses enfants ?  » De purs griots. Leur père est un Kouyaté. Ils savent tous chanter ou faire de la musique. » Mais ils ont tous choisi une autre voie.

En attendant producteur et futur album, entre concerts et fêtes privées ( « où elle ne se rend qu’invitée » , précise son fils « Vieux »), Ami profite de sa famille et de sa cour ombragée.

www.ami-koita.com

*C’est ça le comble ! Le président des griots, des maîtres de la parole, ne s’exprime pas. Son porte-parole, Barou Dembele, parle pour lui !

10/12/2009

Une Réponse pour “Ami Koïta, diva mandingue”

  1. Redigé par sylla:

    je suis un grand inconditionnel d’ami koïta je trouve ça bien qu’elle t’accueille chez elle