Dama Sacko (1) Petit cours sur la djeliya*

Adama Issa Sacko

Un arbre zébré. Des calebasses bleues qui s’entrechoquent. Un tableau suspendu au vent.
A chaque rentrée d’argent, Adama Issa Sacko ajoute quelque chose à son futur centre culturel Tumbin Fara.
Il a acheté le terrain en bordure de Kayes il y a des années. Dans dix ans, peut-être, son projet prendra vie. Une radio communautaire, un cours de danse traditionnelle, des ateliers pour artistes locaux.

« Dama » est producteur de spectacles. Il est surtout griot khassonkhé (prononcer rassonké). « Ah non ! Pas griot ! Djeli ! »

Ah oui. Maintenant que nous sommes au Mali, le grand pays des djelis, un petit cours introductif s’impose.

Un arbre zèbre (ou vache ? )

Pour Dama, « griot » a quelque chose de péjoratif. « Nous ne sommes pas des troubadours. Nous n’allons pas de fête en fête pour demander de l’argent. »

« Le djeli c’est le miel du regroupement. Notre rôle a été clairement défini en 1236 après la bataille de Kouroukan fouga* près de Koulikoro dans le cercle de Kangaba par une charte. »

Cette charte a structuré la société en classes d’âges et en groupes. Les nobles, les castés (nyamankalas), les marabouts et les imams et, enfin, les captifs.

Avec les forgerons et les cordonniers, les djelis se trouvent dans la catégorie des castés.

« Les missions de la djeliya sont ainsi définies :

Le djeli doit dire la vérité aux chefs et être leur conseiller. Il doit défendre par le verbe les règles établies. Il doit créer l’entente entre les peuples et il doit dire les vertus des nobles aux nobles. Il est un conciliateur et doit appuyer l’amour et le mariage.

On ne devient pas djeli. On naît djeli. Tout le monde peut chanter, danser. Même les rois chantaient. Mais ça ne veut pas dire que l’on est djeli. »

Au sein même des djelis, les rôles sont répartis.

-          il y a le djeli kountigui, le chef des griots. A Kayes, justement, ce sont les Sacko. C’est à eux qu’il revient de parler aux autorités, de faire les démarches entre les familles pour les mariages. Ce sont les maîtres de cérémonies lors des fêtes.

-          mais ils ne parlent pas directement !  Les Kouyaté sont là pour être leur voix. Ce sont les djelis orateurs.

-          il y a aussi les batteurs. Les Sissoko ou les Kanouté.

Si les maîtres, les diatiguis, n’ont plus les moyens d’offrir boubous, monture et bêtes à leurs djelis, les djelis sont toujours consultés et recherchés pour l’organisation des événements. Et ce sont les femmes qui mènent la danse, tapent des mains et chantent, les djeli mousso.

Tambour khassonké entre deux jeunes filles khassonké

Pour apprendre tout cela, Dama s’est d’abord tourné vers son père. A la mort de ce dernier, il a voyagé dans la région de Kayes « pour rencontrer des vieux, voir les lieux sacrés, apprendre les interdits » auprès des femmes, des chefs des classes d’âges. Et aussi…  « connaître les poisons et leurs antidotes. » Ah bon ? « Bien sûr ! Un djeli ne peut pas être djeli sans connaître les sciences occultes. »

La formation n’est jamais finie semble-t-il. « Il y a certains secrets que l’on ne dit qu’au djeli qui a plus de quarante ans. Avant, on estime qu’il a la langue trop mielleuse. Il y a des chansons qu’on ne lui apprend pas tout de suite car si ils les chantent au mauvais moment de la journée, elles sont maléfiques. »

Et tous ces gens questionnés, ils sont disponibles pour le jeune djeli en formation ? « C’est une obligation morale. C’est toute la différence entre l’historien et le djeli. On répond à la question de l’historien et seulement à sa question. Au djeli, on explique la réalité des choses. » Et ainsi la société entière participe à la formation du jeune griot.

Tout était oral. Dama attendait d’être rentré pour tout noter.  « Les vieux n’aimaient pas que l’on écrive. Ils n’avaient pas envie de patienter. Un magnétophone, ils n’auraient jamais accepté. »
Pourquoi tenir tant à cette oralité ? «  Parce que l’écriture exclut. Il faut être instruit. Alors que tout le monde peut écouter et apprendre comme cela. »

Aujourd’hui, c’est par écrit que Dama envoie ses conseils et ses leçons à ses fils. Petite entorse aux traditions ? Elles restent d’après lui encore bien respectées ici à Kayes. « Les gens savent ce dont les djelis sont capables (pouvoirs mystiques toujours, on en reparle demain, promis promis). Quand il y a un conflit entre un fonctionnaire et son chef, j’interviens. Même le gouverneur de Kayes ne se déplace jamais sans le chef des griots pour saluer les personnes âgées. »

Dans le bureau de Dama, il n’y a pas encore l’électricité. A 18h30, il fait nuit noire. Fin de la discussion. « Si vous avez d’autres questions, vous pouvez revenir demain. » (Et comment ! De la magie noire ! Des sortilèges ! )

Percussions traditionnelles du Khasso

* djeliya, djeli : j’écris ces termes comme ils se prononcent. On trouvera plus souvent jeli écrit ainsi.

10/11/2009

2 Réponses pour “Dama Sacko (1) Petit cours sur la djeliya*”

  1. Redigé par ADAMA ISSA SACKO:

    Amelie ,ou l’étoile du futur.merci pour le respect de la traduction ,la fidélité du texte,votre pasion pour plus de visibilitée pour nous les jély.je me souvient encort de vous ,tous les jours que je vois la belle natte que vous m’aver apportée.je le dit et je repète je suis jély et non un griot.aussi une ereurdans le texte :pronnocer kassonké au lieu de rassonke comme vous aver écrite.je prefaire :le jaliya qu,a la djeliya.si dieu le veux je donnerais une conférence sur les jéli et le jaliya au khasso et du Mali en EUROPE bien sur avec notre concours et votre appui ainsi que vos partenaires.mreci encort une fois ».Dama » pour les intimes.

  2. Redigé par ADAMA ISSA SACKO:

    je veux juste ajouter mes contacts ;tel:00223 66734991 /0022374559238 Email:adamaissasacko@yahoo.fr .Pour tous ceux qui auront bésoin de moi .A kayes :ESPACE CULTUREL « TUMBINFARA 1677-1681″ Radio,Management,Spectacles,Artisanat et Culture .ROUTE DE MEDINE.MERCI àTOUS.