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	<title>Griots</title>
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	<description>Sur les traces des griots subsahariens</description>
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		<title>Tic Tac Tic Tac * 3 mois après</title>
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		<pubDate>Thu, 14 Jan 2010 21:21:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>amelie</dc:creator>
				<category><![CDATA[04-Niger]]></category>
		<category><![CDATA[Sur la route]]></category>
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		<description><![CDATA[Avec tous ces talismans aperçus aux hanches des hommes, aux cous des enfants ou aux rétroviseurs des taxis, après avoir entendu si souvent parler de mangeurs d&#8217;âmes, de personnes qui se sont &#171;&#160;faites travailler&#160;&#187; ou &#171;&#160;wacker&#160;&#187;*, je ne pouvais décemment pas quitter l&#8217;Afrique de l&#8217;Ouest sans rendre visite à un marabout.

Habiba, une amie nigérienne, m&#8217;a donc conduit chez [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Avec tous ces talismans aperçus aux hanches des hommes, aux cous des enfants ou aux rétroviseurs des taxis, après avoir entendu si souvent parler de mangeurs d&#8217;âmes, de personnes qui se sont &laquo;&nbsp;faites travailler&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;wacker&nbsp;&raquo;*, je ne pouvais décemment pas quitter l&#8217;Afrique de l&#8217;Ouest sans rendre visite à un marabout.</p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/bague.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1128" title="Le marabout" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/bague.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p>Habiba, une amie nigérienne, m&#8217;a donc conduit chez son &laquo;&nbsp;Malam&nbsp;&raquo; pour une séance de maraboutage avant décollage. Y croire ou pas, la question n&#8217;est pas là. Ma boule d&#8217;angoisse et moi ne crachons pas sur une protection supplémentaire avant de monter à bord.</p>
<p><span id="more-1124"></span></p>
<p>Après avoir inscrit phonétiquement en arabe mon nom et celui des proches que je voulais protéger, le marabout, un adorable vieil homme, a enfermé des versets du Coran dans de minuscules sacs de cuir.</p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/habiba.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1129" title="Talismans" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/habiba.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p>Tic Tac Tic Tac. L&#8217;heure du départ approche. Et je ne regrette pas de m&#8217;être trompée de jour et de partir plus tôt que prévu. Peut-on profiter des derniers instants quelque part quand on sait que ce sont les derniers ?</p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/route.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1130" title="Niamey" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/route.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p>J&#8217;ai plongé mes doigts une dernière fois dans un plat de riz sauce arachide, j&#8217;ai bu une dernière bière en regardant le fleuve, tenté de capturer l&#8217;odeur tiède des dernières heures avant la tombée de la nuit. Et après ? Que restera-t-il demain de ces trois mois ?**</p>
<p>Ceux qui m&#8217;imaginent (ou m&#8217;espèrent) amincie et bronzée seront déçus. On ne maigrit pas à coups de riz sauce et de bières bon marché. Et j&#8217;aime autant travailler mon bronzage que monter dans un avion. Vous me retrouverez donc plus ou moins comme celle qui sourit là, en haut de votre écran, sauf que je n&#8217;ai pas de &laquo;&nbsp;truc bizarre&nbsp;&raquo;*** dans les mains.</p>
<p>Dakar, Bamako, Ouagadougou, Niamey.</p>
<p>J&#8217;essaierai de penser cette nuit en vol à une conclusion pour ce blog.</p>
<p>Sénégal, Mali, Burkina, Niger.<br />
Je n&#8217;y ai rien compris.</p>
<p>Une larme dans la gorge, j&#8217;espère seulement y revenir un jour. Et qu&#8217;il neige pour mon retour à Paris.</p>
<p><em>* terme employé au Burkina Faso</em></p>
<p><em>**Si j&#8217;arrive entière à Paris.</em></p>
<p><em>*** C&#8217;est une cellule pour photographes : après trois mois, il était temps de lr préciser.</em></p>
<p><em>* Malam : marabout</em></p>
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		<title>Comment finir en beauté ?</title>
		<link>http://griots.blog.pelerin.info/comment-finir-en-beaute/</link>
		<comments>http://griots.blog.pelerin.info/comment-finir-en-beaute/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 13 Jan 2010 08:33:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>amelie</dc:creator>
				<category><![CDATA[04-Niger]]></category>
		<category><![CDATA[Griots et Griottes]]></category>

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		<description><![CDATA[A-t-on frôlé la catastrophe ou l&#8217;acte manqué ? Faut-il en rire ou en pleurer ? Au bout du fil, le monsieur Air France de Niamey s&#8217;est en tout cas bien marré !

Sur mon billet d&#8217;avion, il y a écrit :
VEN 15 JAN NIAMEY PARIS CDG  DEP 00h45 -  ARR 6h00
J&#8217;ai donc annoncé à &#171;&#160;tout le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A-t-on frôlé la catastrophe ou l&#8217;acte manqué ? Faut-il en rire ou en pleurer ? Au bout du fil, le monsieur Air France de Niamey s&#8217;est en tout cas bien marré !</p>
<p><span id="more-1122"></span></p>
<p>Sur mon billet d&#8217;avion, il y a écrit :</p>
<p>VEN 15 JAN NIAMEY PARIS CDG  DEP 00h45 -  ARR 6h00</p>
<p>J&#8217;ai donc annoncé à &laquo;&nbsp;tout le monde&nbsp;&raquo; mon retour au pays le samedi 16 au petit matin. Sonnez trompettes, résonnez hautbois !</p>
<p>Cette nuit, le doute.</p>
<p><strong>00h45.</strong> Qu&#8217;est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Je dois monter dans cette terrifiante chose qu&#8217;est l&#8217;avion vendredi très tôt le matin ou vendredi tard le soir ?</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Mademoiselle, vous voyagez dans la nuit du jeudi 14 au vendredi 15.&nbsp;&raquo;</em> C&#8217;est ce que vient poliment d&#8217;articuler Monsieur Air France au téléphone.</p>
<p>Jeudi 14, c&#8217;est DEMAIN !</p>
<p>Trois mois de préparation psychologique balayés, une planification minutieuse des derniers achats à faire bousculée, un <em>&laquo;&nbsp;si on prenait un dernier verre vendredi soir face au fleuve avant mon départ?&nbsp;&raquo;</em> à annuler. Je rigole toute seule depuis vingt minutes. Dans une heure, je pleurerai sans doute.</p>
<p>Chez nous, on appelle ça une Tulette.</p>
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		<title>La parole menacée / Entretien avec Sandra Bornand (2/2)</title>
		<link>http://griots.blog.pelerin.info/la-parole-en-danger-entretien-avec-sandra-bornand-22/</link>
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		<pubDate>Tue, 12 Jan 2010 08:40:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>amelie</dc:creator>
				<category><![CDATA[04-Niger]]></category>
		<category><![CDATA[Griots et Griottes]]></category>
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		<description><![CDATA[
« Ce qui m’a vraiment donné envie d’étudier cette parole du griot, c’est tout d’abord ma rencontre avec Dialba. » se souvient Sandra.
Puis, la question centrale de mon travail est venue d’une observation : un jour, lors du mariage d’un membre de la famille parmi laquelle je vivais, j’ai vu le jeune marié trembler à l’écoute de sa [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/dialba1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1099" title="Djibo Badié dit Dialba ou Djéliba" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/dialba1.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p><em>« Ce qui m’a vraiment donné envie d’étudier cette parole du griot, c’est tout d’abord ma rencontre avec Dialba. »</em> se souvient Sandra.</p>
<p>Puis, la question centrale de mon travail est venue d’une observation : un jour, lors du mariage d’un membre de la famille parmi laquelle je vivais, j’ai vu le jeune marié trembler à l’écoute de sa généalogie. J’ai alors demandé ce qui se passait et les gens autour de moi m’ont dit que c’était normal. J’ai alors voulu comprendre ce qui provoquait de tels tremblements et ce qui se jouait à ce moment. Ceci m’a amenée sur la piste du pouvoir du jasare et de sa parole : alors qu’il est clairement considéré comme “inférieur” au noble, il prend tout à coup pouvoir sur lui et cela grâce à sa parole</p>
<p><span id="more-1100"></span></p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/sandratravaille.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1101" title="Sandra Bornand" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/sandratravaille.jpg" alt="" width="353" height="530" /></a></p>
<p><strong>L’apprentissage de la parole du jasare.</strong> L’apprentissage commençait à l’âge de sept ans. Si la plupart des griots m’ont dit qu’ils étaient obligés de suivre l’apprentissage, certains d’entre eux m’ont dit que le suivaient ceux qui le souhaitaient. J’ai un peu de peine à croire à l’histoire du choix de l’enfant car ce n’est pas une société où l’enfant est au centre et peut décider, d’autant plus que les griots avec lesquels j’ai le plus parlé étaient âgés et qu’à l’époque on suivait le chemin de son père. Il est vrai qu’aujourd’hui ce n’est plus forcément le cas et qu’aucun des enfants de Djéliba/ Dialba a repris le flambeau.</p>
<p>Après la colonisation, c’est le fils qui se montrait le plus intéressé qui passait plus de temps avec son père et pratiquait le plus.</p>
<p>Juste avant la nuit, les enfants de jasare allaient chercher du bois et allumaient un feu autour duquel ils se rassemblaient. Les élèves n’étaient pas forcément du même niveau car on pouvait suivre un maître pendant des années.</p>
<p>Djéliba a accepté de m’apprendre. On a commencé par les généalogies : tel est tel, fils d’un tel, fils d’un tel. Je devais le mémoriser. Puis le lendemain je revenais et devais réciter. Et ainsi, était ajouté un bout de la généalogie à chaque fois.<br />
Quand vous vous trompez, il ne le dit pas, il essaie de vous faire retrouver votre erreur et vous laisse d’abord chercher. L’apprentissage n’avançait pas tant que la correction n’était pas intégrée. On pouvait revenir plusieurs jours avec le même morceau à apprendre.</p>
<p>Après arrivaient des sortes de louanges que l’on plaçait à des endroits dans les appels d’ancêtres. Puis enfin on apprenait les récits.</p>
<p>Dans les généalogies, on commençait par apprendre celle de la personne la plus proche, puis après les chefferies proches, puis après les chefferies de plus en plus lointaines. Il y a une notion d’espace et aussi une notion de temps : on commençait par l’ancêtre le plus proche puis on remontait jusqu’à Mali Bero puis à l’ancêtre plus lointain, Zabarkan. Zabarkan aurait été un proche de Mohammed le prophète. Généralement, les peuples sahéliens musulmans essayent de se rattacher à un ancêtre proche de Mohammed</p>
<p>Une fois que l’on maîtrisait une généalogie, on pouvait nous en rajouter une autre.</p>
<p>Normalement Dialba n’avait pas le droit de m’apprendre. Il l’a fait à la seule condition que je n’utilise que ma tête.</p>
<p>J’ai tenu un mois. A un moment je n’arrivais plus à intégrer, j’en avais mal à la tête.</p>
<p><strong><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/moolo.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1102" title="Le moolo, luth à trois cordes du jasare" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/moolo.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></strong></p>
<p><strong>La désignation du chef des jasare.</strong> Le critère pour être un grand jasare, c’est la connaissance, uniquement.  Notamment le chef, le dounka, était élu sur la base de sa maîtrise des généalogies, des récits et de la langue soninké. En effet, comme les jasare se revendiquent d’une origine soninké, ils insèrent, encore aujourd’hui, des mots d’un soninké « zarmaïsé » à leurs récits.<br />
Pour choisir le dounka, on plaçait une espère de fourche en bois dans le sol. Celui qui revendiquait la place de chef se postait derrière et parlait en soninké. Un des rivaux entrait en scène et devait traduire ce qu’il disait jusqu’à ce qu’un des deux soit bloqué. Soit celui qui parle en soninké n’arrive plus à développer ses paroles, est à court d’histoires, de généalogies. Soit celui qui traduit n’arrive plus à traduire.<br />
Celui qui n’arrive plus à traduire, est éliminé et remplacé par un autre candidat. De la même façon, celui qui pouvait tout traduire jusqu’à épuisement de celui qui parlait en soninké prenait sa place.</p>
<p>Ainsi, avant la colonisation, était chef des griots, celui qui arrivait à dominer – par son savoir – tous les autres.  Aujourd’hui, cela se fait sur la base de la réputation. Pour Djéliba, par exemple, (celui que j’ai suivi lors du mariage princier), les nobles comme les jasare s’accordent pour dire que c’est un grand griot.</p>
<p><strong>L’oralité, un vrai choix.</strong> Dans les recherches sur la littérature orale, les chercheurs occidentaux ont un temps estimé que les sociétés à régime oral étaient des systèmes où l’écriture manquait. Ce qui n’était pas toujours le cas : il y avait des sociétés où l’écriture côtoyaient l’oral. Mais ce n’est pas le cas des Zarma.</p>
<p>L’oralité était ainsi envisagée par les Occidentaux  sous un angle évolutionniste.</p>
<p>Maintenant les chercheurs considèrent l’oralité comme un mode propre de communication et un choix et non plus comme un manque.</p>
<p>Au contraire de l’écriture, l’oralité se base sur une communication immédiate. Quand l’on raconte un récit, on est en interaction avec le public. Et le narrateur se base sur les réactions du public pour narrer.</p>
<p>Si la base du récit est toujours la même, la manière de le raconter s’adapte au public.<br />
Dans les sociétés de l’oralité, la parole a plus de force que l’écrit. Elle engage. Chez les Zarma, on dit que “le noble ne tient pas deux paroles” (sous-entendu “au contraire de celui qui ne l’est pas”), qu’il n’a qu’une parole (il ne ment donc pas, ne tient pas un double discours).</p>
<p>Le noble est aussi considéré  comme quelqu’un qui parle peu. Parler beaucoup c’est prendre le risque de parler pour ne rien dire, d’exagérer, de ne pas dire la vérité, de se contredire etc. Ce qui est valorisé dans la société zarma, c’est le silence.<br />
Dans les représentations qu’ont les Zarma de l’esclave, celui-ci au contraire n’a pas de pudeur et donc pas de retenue, il parle pour ne rien dire et peut dire tout et son contraire. Ce flux de parole est mal vu.</p>
<p>Ainsi, dans les représentations qu’ils ont de ces deux groupes sociaux, les Zarma distinguent nobles et captifs du point de vue de leur parole : le noble parle peu alors que l’esclave parle beaucoup.<br />
Tout un système qui s’organise autour de cette parole, autour du danger qu’implique de parler :</p>
<p><em>« La Parole est comme un feu de brousse, on sait quand elle commence jamais quand il finit. » </em></p>
<p>Les paroles en l’air c’est mal vu, c’est vu comme quelque chose de dangereux.</p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/noble.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1108" title="Nobles écoutant Dialba" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/noble.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a><br />
<em>« La blessure de la mauvaise parole est plus forte que la blessure de la lance ou de la flèche. »</em> La blessure que peut provoquer une mauvaise parole est plus douloureuse que celle d’une flèche, car elle touche plus profondément et est plus difficile à guérir.</p>
<p>Cette dangerosité de la parole implique qu’il y ait un maître de la parole et celui-ci est le jasare.<br />
Quand Dialba se présente. Il dit : <em>« Je suis le père de la parole, je suis la mère de la parole. La parole se trouve dans ma poche, elle n’a pas de pied pour sortir et elle ne peut partir sans moi. » </em></p>
<p><strong>L’oralité menacée.</strong><span style="text-decoration: underline;"> </span>Avant la colonisation, la société  zarma était structurée autour d’une chefferie traditionnelle, une chefferie de village.</p>
<p>Quand les Français sont arrivés, ils ont « enlevé » certains chefs pour en placer d’autres plus coopérants. Par contre, ils ont toujours gardé des nobles.</p>
<p>Les Blancs ont instauré leur école qu’il destinait plutôt aux enfants des chefs. Mais les chefs, se méfiant, envoyaient souvent des enfants d’esclaves. Des individus d’ascendance captive se sont ainsi élevés socialement. La hiérarchie traditionnelle a été bousculée.</p>
<p>Deux mondes qui se côtoient, se confrontent et se mélangent : le monde issu des classifications “traditionnelles”, le monde moderne. Les relations sociales se compliquent. Dans une banque, si le patron est le descendant des esclaves de la famille de son employé, qui a le pouvoir ?</p>
<p>En instaurant leur école, les Blancs ont entamé une entreprise de disqualification de la tradition orale, dévalorisant celle-ci (pour eux, les récits étaient des mensonges).</p>
<p>Auprès de ceux qui allaient à l’école, le savoir des griots était contesté.<br />
Pour les Français, le Niger était une colonie militaire et pas administrative. Le but était d’occuper le terrain pour relier le lac Tchad. Il y a eu très peu d’investissements dans le pays par rapport au Sénégal ou à la Côte d’Ivoire. Au Niger, on puisait de la main d’œuvre et de l’argent avec des impôts très lourds.</p>
<p>Ces impôts ont, eux-aussi, bouleversé les liens traditionnels. Puisqu’il fallait pouvoir payer ces impôts, progressivement, les familles ont cessé de prendre en charge les griots. Ils ont dû subvenir eux-mêmes à leurs besoins matériels. Alors que jusqu’à cette époque-là, les griots ne cultivaient pas, des jasare sont devenus paysans. D’autres se sont tournés vers le commerce. Et ce qui était une deuxième activité alimentaire est petit à petit devenue l’activité principale. Il ne restait plus de place, plus de temps pour la transmission orale traditionnelle. Les enfants de jasare sont allés à l’école française et n’ont généralement plus suivi l’école des jasare car ce n’est pas un apprentissage que l’on peut faire à mi-temps.</p>
<p>Les Zarma sont musulmans à  95% selon les statistiques, mais la pratique est plus ou moins lâche. Comme d’autres peuples sahéliens, ils appartiennent majoritairement à la confrérie tijaniya (confrérie soufie), et cet islam est très tolérant.</p>
<p>Leur attachement à l’islam remonte à plus de dix siècles. Mais la véritable islamisation des Zarmas date du XIXème siècle et s’est renforcée avec la colonisation, car il représentait un point commun entre les différents villages mais aussi entre les différents peuples contre les colons français. La colonisation a ainsi renforcé Islam.</p>
<p>L’Indépendance n’a pas arrêté le processus et depuis les années soixante, l’islamisation progresse régulièrement aux dépens de ce que j’appelle les « religions du terroir ». Mais si la plupart des Zarma affirment généralement avoir abandonné toute pratique religieuse « traditionnelle », cette affirmation est souvent contredite dans les faits. Cette ambiguïté face aux croyances pré-islamiques se manifeste par une baisse de la fréquentation des cérémonies publiques comme les fêtes de possession ; ce qui n’empêche pas de continuer à consulter les <em>ziima</em> (« prêtres » des religions du terroir). Celles-ci ayant lieu à l’abri des regards, la crainte est moindre d’être catalogué de musulman de façade.</p>
<p>La progression de l’islam a eu une influence sur la pratique des jasare :</p>
<p>Certains marabouts (lettrés musulmans) interprètent le Coran  strictement et dans leurs prêches racontent que louer toute personne autre que Dieu et le Prophète Mohammed est considéré comme péché. Mentir est aussi considéré comme péché or – comme les jasare exagèrent dans leurs narrations (il a tué à lui seul 100 personnes par exemple), ces exagérations sont considérées comme péchés.</p>
<p>Donc certains jasare ont abandonné  leurs activités pour respecter l’interprétation stricte de certains marabouts. D’autres n’ont abandonné qu’une partie : les récits,  et continuent de faire les généalogies car dans les généalogies, on ne peut pas mentir. Si, par ces comportements, les<em> jasare </em>tendent à abandonner une part au moins de leurs pratiques, certains ont décidé de suivre le chemin de leur père, de respecter ce qu’ils ont hérité et tentent – au contraire – de légitimer celles-ci en les présentant comme liées à l’islam, ou en attribuant par exemple à leur ancêtre une proximité particulière avec le Prophète.</p>
<p>Une de mes interprétations, c’est que le poids de l’Islam dans la pression faite sur les griots n’est pas que religieux. En tant que lettrés musulmans, les marabouts – qui enseignent l’islam – sont les détenteurs et les diffuseurs d’une identité culturelle et religieuse différente de celle transmise par les<em> jasare.</em></p>
<p>Pour les tenants de l’islam, l’ensemble de la communauté musulmane a une histoire commune (et celle-ci remonte à la naissance du Prophète), c’est cette histoire commune qui nous fait appartenir à une même communauté, la communauté musulmane. La seule adhésion suffit.</p>
<p>Comme on le voit, cela ne va pas dans le même sens que les jasare : ceux-ci ont une histoire pour chaque famille (à l’exception des familles de captifs) et le griot s’adapte en fonction de son auditoire, de la famille ou de la région concernée. Il tait certains événements, et met en valeur ce qui fait la qualité de la famille.</p>
<p>En résumé, <em>jasare </em>et marabouts (ainsi que les lettrés issus de l’école occidentale) représentent, chacun dans leur domaine, une aristocratie du savoir. Comme les nobles se battent pour montrer leur supériorité et leur puissance, ces « aristocrates du savoir » s’opposent pour montrer la supériorité de leurs connaissances et, par extension, leur supériorité intrinsèque. Cette rivalité est d’autant plus importante qu’il existe des enjeux financiers ; un aspect évoqué uniquement par les <em>jasare </em>qui revendiquent ouvertement leur rôle de « quémandeurs ».<br />
On peut observer cette concurrence durant les cérémonies où l’on récompense les jasare et les marabouts. On donne une somme aux marabouts et une aux jasare, qui se partagent cette somme. Donc il y a une concurrence sur les gains.</p>
<p><strong>La parole comme lien social. </strong>Pourquoi faut-il préserver cette parole ? Parce que ce n’est pas que de la parole, c’est une histoire. C’est du lien social.<br />
Le jasare connaît tout le monde,  rattache chacun à ses ancêtres et rappelle quels sont les bons comportements.</p>
<p>Au Mali, l’histoire de Soundjata Keïta, le fondateur de l’empire mading racontée par les griots, a été écrite et elle est maintenant étudiée à l’école. Ce n’est pas le cas au Niger et il y a des enfants qui ne connaissent pas grand chose de leur propre histoire.</p>
<p>Le jasare offre un apprentissage social. Il rappelle, par exemple, les parentés à plaisanteries et leurs origines. Par exemple, entre les enfants d’un frère et d’une sœur. Ce sont des parentés qui engendrent des comportements spécifiques. On peut se provoquer, s’insulter sans jamais se fâcher. Ces parentés existent aussi entre les peuples, entre touaregs et songhay par exemple. Le griot raconte et explique pourquoi.</p>
<p>Le jasare est le ciment social.  Pour se construire, on a besoin de connaître ses origines, ses racines, son histoire. C’est ce que fait le jasare.  Le griot était celui qui leur transmettait tout un vécu.</p>
<p>Les vieux me disent : c’est parce que les jeunes ne s’intéressent plus à ce que disent les griots.</p>
<p>Or il m’est arrivé de voir des jeunes se montrer très intéressés lorsqu’ils avaient l’occasion d’écouter des récits de Djéliba, par exemple, ou des chants de mariage “traditionnels” et être captivés par les danses.</p>
<p>Donc, au fond de moi, je me dis que si, effectivement, il y a changement de société et que – comme dans toutes les sociétés – les intérêts des jeunes se démarquent de ceux des anciens d’autant plus que la société zarma n’échappe pas à la mondialisation – avec un intérêt marqué des jeunes Nigériens pour le rap – il y a aussi parfois peut-être mécompréhension.  Mais peut-être que ce sont les occasions qui se font rares et ne sont plus provoquées. Il suffit d’organiser une séance de contes et de voir le nombre d’enfants affluer et rester au point de s’endormir sur place pour se dire que l’intérêt est là.</p>
<p>Avec mon travail, je veux participer à la conservation de la mémoire d’un groupe social très important et qui n’est pas celui que l’on croit être maintenant. Les jasare ne sont pas des personnes qui louent n’importe qui, n’importe comment, et sans savoir. S’ils sont généralement récompensés, ils ne quémandent pas… Au contraire de certains nouveaux “griots” (avec de gros guillemets !) apparus depuis quelques années et qui envahissent les grandes villes principalement à la quête d’argent : ils n’ont pas appris, ne connaissent pas les histoires et ne connaissent pas les louanges, mais ont tendance à harceler et même à insulter (ce que ne ferait pas un jasare).</p>
<p>Ces nouveaux “griots” se distinguent donc des jasare par leur manque de savoir même s’ils essayent d’imiter leurs gestes, leurs manières, leurs paroles. Mais ils se distinguent aussi des joueurs de tambour qui ont hérité cela de leur père et ont appris à jouer et à louer (un apprentissage beaucoup moins structuré que celui des jasare et basé sur l’imitation et non le fait d’apprendre par cœur).</p>
<p>Ces nouveaux griots sont très présents et viennent harceler les personnes présentes aux cérémonies. Ils ont modifié la perception de nombreux Nigériens sur les griots.  C’est ainsi que maintenant, beaucoup de Nigériens voient les griots comme des harceleurs qui viennent un peu gâcher la fête.<br />
En travaillant avec moi et en me permettant d’enregistrer tous (?) les récits qu’il connaît, Djéliba a voulu montrer en quoi résidait sa différence avec ceux-ci.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>
<p>Sandra Bornand travaille au LLACAN <a href="http://llacan.vjf.cnrs.fr/">(Langage, Langues et Cultures d&#8217;Afrique Noire)</a> au CNRS. Sa thèse, <strong><span style="text-decoration: underline;">Le discours du griot généalogiste chez les Zarma du Niger</span></strong>, est publiée par Karthala (<a href="http://www.karthala.com/rubrique/detail_produit.php?id_oeuvre=1552">cliquez ici</a>). Elle est également l&#8217;auteur de <strong><span style="text-decoration: underline;">Parlons Zarma, une langue du Niger</span></strong>, aux éditions Harmattan. (<a href="http://http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=21319">cliquez là</a>)</p>
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		<title>&#171;&#160;Quand un discours m&#8217;exalte&#160;&#187; / Entretien avec Sandra Bornand (1/2)</title>
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		<pubDate>Sun, 10 Jan 2010 21:50:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>amelie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Petite, Sandra Bornand rêvait d’Afrique noire en écoutant les récits de son cousin né au Tchad et en fouillant dans le grenier de sa grand-mère. Elle collectait les pièces de 20 centimes, se promettant de poser les pieds un jour sur cet autre continent.  
A la fin de ses études, elle décide de travailler sur un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/sandraenfants.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1097" title="Sandra Bornand" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/sandraenfants.jpg" alt="" width="530" height="354" /></a></p>
<p>Petite, Sandra Bornand rêvait d’Afrique noire en écoutant les récits de son cousin né au Tchad et en fouillant dans le grenier de sa grand-mère. Elle collectait les pièces de 20 centimes, se promettant de poser les pieds un jour sur cet autre continent.  </p>
<p>A la fin de ses études, elle décide de travailler sur un extrait d’une épopée d’un griot nigérien. Et part. « Quand je suis arrivée au Niger, c’était comme une évidence », dit-elle.  </p>
<p>Elle qui voulait quitter le monde universitaire se lance dans une thèse sur les jasare (les griots généalogistes et historiens) et noue des relations particulières avec Djibo Badié, dit Djéliba (litt. “le grand griot”) ou Dialba (celui que j&#8217;ai suivi lors du mariage princier à Hamdallaye). </p>
<p><span id="more-1077"></span>Cela fait quinze ans qu’elle vient presque chaque année au Niger. Elle y a vécu une année et parle couramment zarma, travaille toujours sur l’oralité, les chants de femmes et les récits zarma.  </p>
<p>Avant de partir j&#8217;ai rencontré Sandra Bornand dans son bureau du <a href="http://llacan.vjf.cnrs.fr/">LLACAN (Langage, Langues et Cultures d&#8217;Afrique Noire) du CNRS. </a>J’y ai passé tout une après-midi. Et ses explications furent précieuses tout au long de mon parcours.  </p>
<p>A Niamey, nous nous sommes retrouvées le temps d’une journée. J’arrivais à peine. Elle repartait avec son mari le soir-même pour la Suisse, pays d&#8217;où elle vient.  </p>
<p>Prenez le temps de lire ces lignes. J’espère qu’elles vous apporteront les éclairages qui vous ont peut-être manqué dans mes précédents posts.  </p>
<p><strong>Qui sont les Zarma ?</strong> Les Zarma sont un peuple qui vit dans l’ouest du Niger. Le zarma est leur langue. Ils sont apparentés aux Songhay (Songhay et Zarma parlent la même langue avec quelques variantes) que l’on retrouve au Niger mais aussi au Mali, vers Gao et Tombouctou. Les Zarma se disent originaires du pays malinké au Mali. D’après la légende, ils descendent de Mali Bero (“Mali le grand”) qui ne supportant plus les provocations des Peuls ou des Touaregs aurait emmené le peuple zarma jusqu’à l’actuel Niger.</p>
<p><strong>La société traditionnelle zarma est une société hiérarchisée.</strong> Elle est divisée en trois parties : les hommes libres (parmi lesquels se trouvent les nobles et les princes), les captifs (captifs de père en fils et prisonniers de guerre devenus esclaves au service des nobles) et un troisième groupe au sein duquel on trouve les griots généalogistes et historiens (appelés jasare) et certains groupes d’artisans.  </p>
<p><strong>Le terme français de “griot” est ambigu.</strong> Pour nommer les hommes de la parole en zarma, il y a plusieurs termes dont les deux principaux sont ceux de hwaarayko (littéralement “quémandeur”) et jasare (griot généalogiste et historien). Ces derniers sont considérés comme des “nobles déchus”* alors que sous le qualificatif de “hwaarayko” on retrouve par exemple les joueurs de tambour d’aisselle (dondon kari) qui eux sont clairement d’origine captive.  </p>
<p><strong>Nourri, logé, blanchi.</strong> Autrefois la famille noble qui avait un jasare devait le prendre en charge complètement, le nourrissait, l’habillait, le mariait. On lui donnait des esclaves, des animaux. Le jasare ne s’occupait que d’apprendre la généalogie et l’histoire des familles nobles zarma et songhay, pour les transmettre par la suite.  </p>
<p><strong>Les jasare, un groupe endogame.</strong> Dans les dires, les griots ne se mariaient qu’entre eux. Mais dans la pratique, Sandra a observé beaucoup d’inter mariages avec les artisans du cuir (garaasa) Ce qui était sûr, c’est qu’autrefois un jasare ne pouvait jamais se marier à une noble car une noble se dégradait en se mariant avec un jasare. Cela reste un problème, explique Sandra qui connaît des filles de griots dont les mariages ont été refusés par les familles de ceux qu’elles aimaient car ils étaient fils de nobles. </p>
<p>Mais on trouve des exceptions : ainsi la quatrième femme de Dialba est aujourd’hui de souche “libre”, mais par son mariage elle a été “rétrogradée”. </p>
<p><strong>Le détenteur de l’histoire.</strong> A la base, ce sont ces griots, les jasare, qui détenaient l’histoire des familles nobles. Le jasare connaissait l’histoire des nobles de la région qu’il habitait et des régions environnantes.  </p>
<p><strong>La notion d’héritage chez les Zarma est très importante.</strong> On hérite des qualités. On ne peut pas devenir noble si on est esclave car on n’a pas hérité des qualités de pudeur, de honte, de retenue. Quand on fait quelque chose de mal on déshonore ses ancêtres. « On peut pas tirer un fruit et que la branche ne suive pas. » dit le proverbe.</p>
<p>L’idéologie qui dominait la société zarma est qu’<strong>un</strong> <strong>esclave n’avait pas d’histoire</strong> et qu’on ne pouvait pas faire remonter ses ancêtres à plus de trois générations. C’est donc en énumérant la généalogie de quelqu’un et en le rattachant à Mali Bero que le jasare justifiait l’origine noble d’une personne et la légitimait auprès du peuple. “Etre tu” c’était donc être esclave… </p>
<p>Le jasare avait aussi d’une certaine façon une fonction de journaliste. Il était autorisé à aller sur les lieux de guerre où il ne pouvait être enlevé ou tué et informait ensuite son chef de l’état des forces de ses rivaux et le conseillait dans ses projets (éventuelles guerres) </p>
<p>C’était aussi une sorte d’ambassadeur. Il était envoyé pour aller discuter avec un chef, pour lui annoncer une déclaration de guerre.  </p>
<p>Il était également un entremetteur. Quand on voulait se marier, c’était lui que l’on consultait car il connaissait tout le monde et savait de quelle origine était la personne et si elle se comportait bien ou pas. </p>
<p><strong>Le jasare ne chante pas.</strong> Ce n’est pas comme l’image des griottes maliennes que l’on peut avoir par exemple. Le jasare récite les généalogies en faisant des appels d’ancêtres. Il les scande à haute voix en pointant du doigt la personne visée : « Fils d’un tel, fils d’un autre, fils d’un autre… » et il y ajoute des louanges.</p>
<p>Il fait également des narrations, des récits de guerrier, accompagné d’un luth à trois cordes, le moolo. </p>
<p>On ne retrouve le chant (et seulement dans des sortes de “refrain”) qu’à deux occasions : lors de l’intronisation ou des funérailles d’un chef.</p>
<p><strong>Femmes de jasare.</strong> La femme ou la fille de jasare en a le statut mais ne remplit pas les mêmes fonctions que l’homme. Elle n’apprend pas les généalogies et les histoires, mais par contre se rend aux cérémonies où elle annonce l’arrivée d’une personne et peut chanter lors des mariages. Il faut savoir que – dans la société zarma –la séparation entre le monde des hommes et celui des femmes est très marquée. </p>
<p>Lors du mariage de dimanche dernier, la fatiha (bénédiction du mariage) a eu lieu à l’extérieur en présence d&#8217;hommes uniquement. Les femmes étaient à l’intérieur de la maison. Seule une griotte était là pour regarder et répéter &laquo;&nbsp;amin&nbsp;&raquo;.</p>
<p> Attention : la tante de Dialba est la seule femme de la famille à jouer du luth (c’est son mari qui le lui a appris), mais elle ne sait pas raconter les récits, elle pourra faire un petit bout de généalogie.</p>
<p><strong>L’art de la parole.</strong> Le jasare était le seul à oser conseiller le chef, car les autres nobles avaient peur de la colère du chef. Lui maîtrisait tellement bien la parole qu’il pouvait présenter les choses de manière arrangée, de manière acceptable. En utilisant des proverbes, des images, en utilisant l’indirect. En outre, il n’est pas un concurrent pour la chefferie alors que d’autres “princes” pouvait l’être et espérer prendre sa place à sa mort. </p>
<p><strong>La parole des jasare normalement est toujours valorisante.</strong> Ils sont au courant de tout. Mais taisent les choses. Par des proverbes, ils peuvent “menacer”de raconter certaines choses, mais c’est simplement pour encourager les nobles à prouver leur noblesse (autrefois, se montrer courageux à la guerre par exemple ; aujourd’hui (mais aussi autrefois) se montrer généreux ; car le noble est celui qui donne. </p>
<p>Ils sont craints par rapport à cette parole là. </p>
<p><strong>Le pouvoir de la parole.</strong> Ces appels d’ancêtres provoquent parfois chez les personnes visées une telle émotion qu’elle se marque par une sorte de mini-transe. La thèse de Sandra publiée sous le titre <a href="http://www.karthala.com/rubrique/detail_produit.php?id_oeuvre=1552">Le discours du griot généalogiste chez le Zarma du Niger.</a> s’appelait au départ : « Quand un discours m’exalte », reprenant une expression (a ga ay bina tunandi : litt. “cela fait lever mon cœur” mais qui signifie l’exaltation, l’énervement (dans un bon sens ici) couramment utilisée par les nobles zarma.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p>Attendez demain pour en savoir plus sur l&#8217;école traditionnelle des jasare, le rôle de la colonisation dans la modification de cette fonction et les dangers que court la parole. Et si vous avez envie de pousser le vice jusqu&#8217;à apprendre la langue zarma, Sandra Bornand a également écrit <a href="http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=21319">Parlons zarma</a><a href="http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=21319">, une langue du Niger</a>. <span style="font-family: Times New Roman; font-size: small;"></span></p>
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		<title>Les douze beautés de la femme</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Jan 2010 08:51:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>amelie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pendant que ses femmes, ses filles, ses petites-filles et ses nièces s’affairent dans la courée familiale, véritable petit village dans la ville, Dialba proposait l&#8217;autre soir de détailler les ingrédients de la beauté de la femme africaine. Allons donc !


Qu’est-ce qu’une belle femme ?
Il était une fois une femme peul, Dialba l’a connue, qui était [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pendant que ses femmes, ses filles, ses petites-filles et ses nièces s’affairent dans la courée familiale, véritable petit village dans la ville, Dialba proposait l&#8217;autre soir de détailler les ingrédients de la beauté de la femme africaine. Allons donc !</p>
<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" codebase="http://fpdownload.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=8,0,0,0" width="470" height="36" id="divplaylist"><param name="movie" value="http://www.divshare.com/flash/playlist?myId=10040169-906&#038;new_design=true" /><embed src="http://www.divshare.com/flash/playlist?myId=10040169-906&#038;new_design=true" width="470" height="36" name="divplaylist" type="application/x-shockwave-flash" pluginspage="http://www.macromedia.com/go/getflashplayer"></embed></object></p>
<p><span id="more-1017"></span></p>
<p>Qu’est-ce qu’une belle femme ?</p>
<p>Il était une fois une femme peul, Dialba l’a connue, qui était très belle. Immensément belle car elle possédait les douze beautés. Trois noires, trois blanches, trois minceurs et trois groisseurs.<br />
Dialba prend le temps d’un silence. Répète : trois noires, trois blanches, trois minceurs et trois groisseurs. Le temps d&#8217;un silence, le temps de fantasmer un peu.<br />
Et enchaîne.<br />
D’abord les trois noires.<br />
Les cheveux. De longs et beaux cheveux très noirs et brillants.<br />
Les sourcils et les cils.<br />
Les lèvres. Certaines femmes ont les lèvres noires naturellement, assure Dialba. Souvent les femmes doivent se teindre les lèvres, le pourtour des lèvres et les gencives avec du noir.</p>
<p>Ensuite, les trois blanches.<br />
La peau. Plus la peau de la femme noire est claire plus elle est belle.<br />
Le fond de l’œil. Personne ne veut d’une femme aux yeux rouges. Il faut que le fond de l’œil soit très blanc.<br />
Les dents. De belles dents blanches et régulières.</p>
<p>Viennent alors les trois minceurs.<br />
Le cou. Une très belle femme a un long cou fin. Un long cou fin et plissé.<br />
La taille. Un repère : quand la femme s’allonge sur le côté, sa taille doit faire un pont sous lequel un chat peut se faufiler sans la toucher.<br />
Les chevilles. C’est très rare, précise Dialba. De trouver une femme qui ne soit pas maigre et qui ait la cheville légère.</p>
<p>Enfin, les trois grosseurs.<br />
La tête. Les Africains aiment les femmes qui ont une grosse tête avec de grands yeux, dit Dialba.<br />
La poitrine. Surtout pas de poitrine plate ou rentrée à l’intérieur !<br />
La « croupe ». Des fesses qui doivent être rondes, rebondies et toujours regarder vers le haut.</p>
<p>Douze beautés ainsi listées, reste à savoir s’il vaut mieux avoir une femme « douze » ou une « dix ». <em>« Les femmes qui ont les douze beautés coûtent très cher et sont très convoitées. C’est difficile d’avoir une femme pareille et de la garder. » </em>Mieux vaut peut-être se contenter d’une femme aux huit beautés, taquine Mounkaïla qui sert ce soir d’interprète.<br />
Alors, plutôt douze, dix ou huit ?</p>
<p>En parlant de femmes…ce ne sont pas celles de Dialba mais les habitantes du petit village de Gourou Kirei près duquel j’ai passé ces derniers jours et réveillonner entourée de leurs rires.</p>
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<p style="visibility: visible;"><object style="width: 426px; height: 320px;" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="426" height="320" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="data" value="http://widget-8f.slide.com/widgets/slideticker.swf" /><param name="quality" value="high" /><param name="scale" value="noscale" /><param name="salign" value="l" /><param name="wmode" value="transparent" /><param name="flashvars" value="cy=ms&amp;il=1&amp;channel=1585267068859639695&amp;site=widget-8f.slide.com" /><param name="src" value="http://widget-8f.slide.com/widgets/slideticker.swf" /><embed style="width: 426px; height: 320px;" type="application/x-shockwave-flash" width="426" height="320" src="http://widget-8f.slide.com/widgets/slideticker.swf" flashvars="cy=ms&amp;il=1&amp;channel=1585267068859639695&amp;site=widget-8f.slide.com" wmode="transparent" salign="l" scale="noscale" quality="high" data="http://widget-8f.slide.com/widgets/slideticker.swf"></embed></object></p>
<p style="white-space: nowrap;"><a href="http://www.slide.com/pivot?cy=ms&amp;at=un&amp;id=1585267068859639695&amp;map=1" target="_blank"><img src="http://widget-8f.slide.com/p1/1585267068859639695/ms_t017_v000_s0un_f00/images/xslide1.gif" border="0" alt="" /></a> <a href="http://www.slide.com/pivot?cy=ms&amp;at=un&amp;id=1585267068859639695&amp;map=2" target="_blank"><img src="http://widget-8f.slide.com/p2/1585267068859639695/ms_t017_v000_s0un_f00/images/xslide2.gif" border="0" alt="" /></a> <a href="http://www.slide.com/pivot?cy=ms&amp;at=un&amp;id=1585267068859639695&amp;map=F" target="_blank"><img src="http://widget-8f.slide.com/p4/1585267068859639695/ms_t017_v000_s0un_f00/images/xslide42.gif" border="0" alt="" /></a></p>
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		<title>Mariage princier à Niamey</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Jan 2010 08:24:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>amelie</dc:creator>
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Vous avez peut-être noté qu’au Mali, j&#8217;ai soigneusement évité de vous faire le coup de la chanson « les dimanches à Bamako, c’est les jours de … »* A Niamey, en revanche, j’ai eu la chance d’assister, ce dimanche, à un mariage princier. Celui du fils de feu le chef traditionnel d’Hamdallaye, un village au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/faatia2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1027" title="La fatiha au domicile des parents de la jeune mariée" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/faatia2.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p>Vous avez peut-être noté qu’au Mali, j&#8217;ai soigneusement évité de vous faire le coup de la chanson <em>« les dimanches à Bamako, c’est les jours de … »</em>* A Niamey, en revanche, j’ai eu la chance d’assister, ce dimanche, à un mariage princier. Celui du fils de feu le chef traditionnel d’Hamdallaye, un village au nord-est de la capitale nigérienne.</p>
<p><span id="more-1020"></span></p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/dialbachezlui1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1029" title="Dialba chez lui au petit matin" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/dialbachezlui1.jpg" alt="" width="297" height="530" /></a>C’était pour moi l’occasion de suivre Dialba lors d’un des événements qui occupent toutes ses matinées et ses week-ends.</p>
<p>Dialba est un grand griot généalogiste nigérien, moins grand que son père, dira-t-il sans doute, mais tout de même, il est le chef des griots du Niger. L’un des derniers à connaître les généalogies de toutes les grandes familles du pays, la genèse des localités, les faits d’armes des guerriers et tant de récits historiques.</p>
<p>Une mémoire si dense qu’il ne reste que peu de place pour des considérations horaires. Et ce dimanche matin, je peste intérieurement de m’être levée si tôt pour respecter la consigne<em> « être là impérativement avant 7h »</em> en voyant Dialba émerger à peine.</p>
<p>Le concept de grasse matinée dominicale, ici, n’existe pas. La fatiha, c’est à 8h30. C&#8217;est le moment où l&#8217;on récite la sourate d&#8217;ouverture de Coran, où l&#8217;on scelle le mariage.</p>
<p>Mais d’abord (donc plus tôt encore) rendez-vous est donné au domicile de l’actuel chef d’Hamdallaye (le jeune frère du précédent) à Niamey.</p>
<p>Dans la cour que le soleil effleure à peine, des dizaines d’hommes attendent, assis en cercle sur des chaises en plastique, sous le regard du garde du corps personnel du chef, enturbanné de rouge et de vert, sabre à la ceinture.</p>
<p>Il est encore tôt et seulement trois griots joueurs de tambours d’aisselle sont arrivés. Ils défilent devant les princes, chantant leurs louanges en attendant quelques billets. Ils ne sont que trois mais me mettent déjà mal à l’aise. Leurs chants me troublent et alors que le monde afflue, ils sont de plus en plus nombreux et je guette leurs mouvements, inquiète de les voir s’approcher de moi. Mon frêle porte-monnaie n’y survivrait pas</p>
<p><object id="divplaylist" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="470" height="36" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="src" value="http://www.divshare.com/flash/playlist?myId=10028313-2bf&amp;new_design=true" /><param name="name" value="divplaylist" /><embed id="divplaylist" type="application/x-shockwave-flash" width="470" height="36" src="http://www.divshare.com/flash/playlist?myId=10028313-2bf&amp;new_design=true" name="divplaylist"></embed></object></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/griots.jpg"><img class="size-full wp-image-1031 aligncenter" title="Joueurs de tambours d'aisselle" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/griots.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/autreschefs.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1032" title="Invités" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/autreschefs.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/garde.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1033" title="Le garde du corps du chef" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/garde.jpg" alt="" width="297" height="530" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/petitschefs.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1034" title="Invités au mariage" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/petitschefs.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/tambour.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1035" title="Joueur de tambour d'aisselle" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/tambour.jpg" alt="" width="503" height="297" /></a></p>
<p>C&#8217;est l&#8217;heure de la fatiha. Devant la maison du père de la jeune mariée, la rue est pleine des palpitations des tambours et du murmure des convives. Nous voilà plusieurs centaines rassemblées autour du auvent de la mosquée du quartier. Aucun des mariés n’est présent, le mariage est l&#8217;affaire de deux familles que l’on unit avant tout.</p>
<p>La prière est ponctuée des &laquo;&nbsp;Amin&nbsp;&raquo; prononcés par Dialba et par d&#8217;autres griots et une griotte qui se disputent les décibels.</p>
<p><object id="divplaylist" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="470" height="36" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="src" value="http://www.divshare.com/flash/playlist?myId=10028310-16d&amp;new_design=true" /><param name="name" value="divplaylist" /><embed id="divplaylist" type="application/x-shockwave-flash" width="470" height="36" src="http://www.divshare.com/flash/playlist?myId=10028310-16d&amp;new_design=true" name="divplaylist"></embed></object></p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/chefs.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1037" title="Les chefs traditionnels" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/chefs.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/faatia.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1038" title="Dialba pendant la fatiha" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/faatia.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/faatia3.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1039" title="Le garde du corps posté derrière les chefs pendant la fatiha" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/faatia3.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p>N’ayant pas le droit de poser le pied sur les tapis de la mosquée, je me poste derrière les tourelles de tissu blanc qui habillent les têtes des chefs. Avec toujours à côté de moi, le sabre du garde du corps rouge et vert.</p>
<p>C&#8217;est à Dialba, assis au milieu des hommes sur les tapis de la mosquée, que sont remis les dons des familles des mariés.</p>
<p>Un soit disant griot s’approche d’une des tourelles de tissu blanc au moment de la distribution des noix de kola et des dattes. Scandale. On n’offre jamais rien au chef, c’est le chef qui offre. Et de toute façon, le chef ne mange pas en public. Une dispute éclate entre les griots. Dialba tempère. Plus tard, c&#8217;est lui qui distribuera aux griots l&#8217;argent de la journée.</p>
<p>Retour à la maison du chef. Enfin, dans une autre de ses maisons. Je partage avec les femmes à l’intérieur un plat de mouton en sauce. Il est 9h30. Je sens que la journée sera très longue.</p>
<p>Dehors un griot donne de la voix en suivant les talons d’un chef et en récitant sa généalogie.</p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/appel.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1063" title="Un griot récite la généalogie d'un prince" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/appel.jpg" alt="" width="530" height="353" /></a></p>
<p><object id="divplaylist" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="470" height="36" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="src" value="http://www.divshare.com/flash/playlist?myId=10028309-19a&amp;new_design=true" /><param name="name" value="divplaylist" /><embed id="divplaylist" type="application/x-shockwave-flash" width="470" height="36" src="http://www.divshare.com/flash/playlist?myId=10028309-19a&amp;new_design=true" name="divplaylist"></embed></object></p>
<p>La voiture qui nous conduit à Hamdallaye à quarante kilomètres de Niamey ne s’attarde jamais longtemps aux postes de gendarmerie. Pas de taxe, pas de péage. Tout le monde connaît Dialba et le salue chaleureusement.</p>
<p>Arrivée au village, on me tend une chaise en plastique. J’attends sans bien comprendre de quoi sera faite cette journée.</p>
<p>Nous voilà dans une grande cour ensablée où le monde se divise en deux. D’un côté les hommes qui attendent, de l’autre les femmes qui cuisinent. Le sable brûlant ou l’ombre du grand acacia. Je rapproche ma chaise de l’ombre fraîche de l’acacia et du groupe des hommes. Ici, nous sommes avec les vieux, les gens mariés, la famille. La jeune mariée est ailleurs avec ses amies. Le jeune marié aussi d’ailleurs. Il ne se rencontreront que la nuit venue. Et nous ? Nous attendons que l’on nous serve à manger je crois.</p>
<p>En attendant, Dialba a pris son moolo (luth à trois cordes) et s’est mis à raconter.</p>
<p><object id="divplaylist" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="470" height="36" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="src" value="http://www.divshare.com/flash/playlist?myId=10028312-2da&amp;new_design=true" /><param name="name" value="divplaylist" /><embed id="divplaylist" type="application/x-shockwave-flash" width="470" height="36" src="http://www.divshare.com/flash/playlist?myId=10028312-2da&amp;new_design=true" name="divplaylist"></embed></object></p>
<p style="visibility: visible;"><object style="width: 426px; height: 320px;" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="426" height="320" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="data" value="http://widget-77.slide.com/widgets/slideticker.swf" /><param name="quality" value="high" /><param name="scale" value="noscale" /><param name="salign" value="l" /><param name="wmode" value="transparent" /><param name="flashvars" value="cy=ms&amp;il=1&amp;channel=1585267068859655799&amp;site=widget-77.slide.com" /><param name="src" value="http://widget-77.slide.com/widgets/slideticker.swf" /><embed style="width: 426px; height: 320px;" type="application/x-shockwave-flash" width="426" height="320" src="http://widget-77.slide.com/widgets/slideticker.swf" flashvars="cy=ms&amp;il=1&amp;channel=1585267068859655799&amp;site=widget-77.slide.com" wmode="transparent" salign="l" scale="noscale" quality="high" data="http://widget-77.slide.com/widgets/slideticker.swf"></embed></object></p>
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<p>Il racontera pendant six heures. De sa voix posée et rythmée. Rythmée d’un tempo nonchalant comme les pas d’un chameau dans le désert. Un rythme qui berce et fait glisser les heures chaudes. Dialba, près du tronc de l’arbre, ne se déplace presque jamais. Comme on vient chercher l’ombre fraîche, ce sont ceux qui l’écoutent qui s&#8217;approchent pour se nourrir de sa voix.</p>
<p>Pendant six heures, Dialba parle en zarma. L’histoire du village d’Hamdallaye, les faits des ancêtres des familles ici rassemblées, l’histoire du pays et du Mali voisin…</p>
<p>Quand vers 13h, on m’installe dans une case de femmes et que du poulet et du pain nous sont apportés, je crois voir la fin de l’attente approcher. Erreur. Le poulet est un leurre. Nous n’en sommes qu’au petit déjeuner.</p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/copines.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1042" title="Du côté des femmes" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/copines.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/femme.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1046" title="Du côté des femmes" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/femme.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p>Trois heures plus tard quand défilent cette fois les plats consistants de mouton, de poulet, de tô et de riz, Dialba pose son instrument. A la fin du repas, déjà les invités se lèvent, les chaises sont empilées.</p>
<p><object id="divplaylist" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="470" height="36" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="src" value="http://www.divshare.com/flash/playlist?myId=10028311-ce0&amp;new_design=true" /><param name="name" value="divplaylist" /><embed id="divplaylist" type="application/x-shockwave-flash" width="470" height="36" src="http://www.divshare.com/flash/playlist?myId=10028311-ce0&amp;new_design=true" name="divplaylist"></embed></object></p>
<p>Le soleil entame sa descente, la cour rougit. Sous l’acacia, nous avons tous tourné au cours de la journée comme de sages petits tournesols. Et Dialba reprend son moolo. Ils ne sont plus qu’une quinzaine autour de lui, les visages dans les mains, les yeux ici et là-bas, aux côtés de leurs illustres aïeuls, dans la lointaine vallée de Kouroukan Fouga…</p>
<p>Le temps peut bien filer, les heures glisser, Dialba n’en aura jamais fini de raconter.</p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/lunettes1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1066" title="Dialba raconte" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/lunettes1.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/souslarbre2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1044" title="Dans la cour d'une des maisons du chef à Hamdallaye" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2010/01/souslarbre2.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p>* cf. la chanson d’Amadou et Mariam « Les dimanches à Bamako »</p>
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		<title>Escapade en brousse</title>
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		<pubDate>Sat, 02 Jan 2010 15:21:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>amelie</dc:creator>
				<category><![CDATA[04-Niger]]></category>
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		<description><![CDATA[Aussitôt arrivée dans la capitale nigérienne, voilà que je la quitte ! Pas longtemps. Une petite journée seulement, au sud de Niamey, aux alentours du village de Kouré. 
Il restait une place dans le coffre du 4X4 du Sloughi où j’avais posé mes affaires, je ne pouvais refuser.
Une petite journée, le temps de se tordre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Aussitôt arrivée dans la capitale nigérienne, voilà que je la quitte ! Pas longtemps. Une petite journée seulement, au sud de Niamey, aux alentours du village de Kouré. </p>
<p>Il restait une place dans le coffre du 4X4 du <a href="http://afrique-sejour.com/">Sloughi où j’avais posé mes affaires</a>, je ne pouvais refuser.</p>
<p>Une petite journée, le temps de se tordre le cou pour admirer les girafes (les dernières de l’Afrique de l’Ouest paraît-il), d’acheter des papayes, de prendre un coup de soleil sur le nez et d’apprendre quelques mots de zarma.  </p>
<p style="visibility: visible;"><object style="width: 426px; height: 320px;" classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="426" height="320" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="data" value="http://widget-27.slide.com/widgets/slideticker.swf" /><param name="quality" value="high" /><param name="scale" value="noscale" /><param name="salign" value="l" /><param name="wmode" value="transparent" /><param name="flashvars" value="cy=ms&amp;il=1&amp;channel=1585267068859639591&amp;site=widget-27.slide.com" /><param name="src" value="http://widget-27.slide.com/widgets/slideticker.swf" /><embed style="width: 426px; height: 320px;" type="application/x-shockwave-flash" width="426" height="320" src="http://widget-27.slide.com/widgets/slideticker.swf" flashvars="cy=ms&amp;il=1&amp;channel=1585267068859639591&amp;site=widget-27.slide.com" wmode="transparent" salign="l" scale="noscale" quality="high" data="http://widget-27.slide.com/widgets/slideticker.swf"></embed></object></p>
<p style="white-space: nowrap;"><a href="http://www.slide.com/pivot?cy=ms&amp;at=un&amp;id=1585267068859639591&amp;map=1" target="_blank"><img src="http://widget-27.slide.com/p1/1585267068859639591/ms_t017_v000_s0un_f00/images/xslide1.gif" border="0" alt="" /></a> <a href="http://www.slide.com/pivot?cy=ms&amp;at=un&amp;id=1585267068859639591&amp;map=2" target="_blank"><img src="http://widget-27.slide.com/p2/1585267068859639591/ms_t017_v000_s0un_f00/images/xslide2.gif" border="0" alt="" /></a> <a href="http://www.slide.com/pivot?cy=ms&amp;at=un&amp;id=1585267068859639591&amp;map=F" target="_blank"><img src="http://widget-27.slide.com/p4/1585267068859639591/ms_t017_v000_s0un_f00/images/xslide42.gif" border="0" alt="" /></a></p>
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		<title>Niamey, enfin !</title>
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		<pubDate>Thu, 31 Dec 2009 13:59:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>amelie</dc:creator>
				<category><![CDATA[04-Niger]]></category>
		<category><![CDATA[Sur la route]]></category>
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		<description><![CDATA[
Les murs nus et blancs, écrasés de soleil, de la gare routière de Niamey sont restés impassibles devant mon sourire quand je suis descendue du bus lundi. Ingrats. Eux pourtant, étaient à ce moment-là pour moi, le plus beau décor au monde. 

Niamey, enfin ! Après sept heures passées à scruter anxieusement le pare-brise fêlé, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/niameysoir.jpg"><img src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/niameysoir.jpg" alt="" title="Niamey" width="530" height="297" class="aligncenter size-full wp-image-1003" /></a></p>
<p>Les murs nus et blancs, écrasés de soleil, de la gare routière de Niamey sont restés impassibles devant mon sourire quand je suis descendue du bus lundi. Ingrats. Eux pourtant, étaient à ce moment-là pour moi, le plus beau décor au monde. </p>
<p><span id="more-1001"></span></p>
<p>Niamey, enfin ! Après sept heures passées à scruter anxieusement le pare-brise fêlé, anticipant d’abord à chaque virage de la route burkinabè l’assaut de pillards, préparant ensuite mentalement le piteux mensonge que je voulais servir aux douaniers nigériens, craignant enfin de ne jamais voir apparaître les rives du Niger, le chauffeur ayant décidé de tester sur nous ses talents de pilote de F1. </p>
<p>Dans mes fantasmes, cette dernière étape, Ouagadougou-Niamey, était un parcours semé d’embûches : des bandits gourmands, des douaniers nigériens paranoïaques et journalistophobes, une ville en pleine crise politique. </p>
<p>Ridicule ? Un peu, oui. Certes, à Fada N’Gourma, à mi-chemin entre Ouagadougou et la frontière, un militaire armé est monté dans le bus pour nous escorter (ah ah, vous voyez, il y avait quand même un petit risque). Mais, à part ça, c’était un peu la version bisounours du trajet en Afrique de l’Ouest. Dans le bus, un Touareg m’a nourri de mouton grillé et de dattes. Un autre m’accompagnait à chaque poste de contrôle pour vérifier que tout allait bien. A la frontière, personne n’a trouvé surprenant qu’une Française veuille aller seule au Niger (et mon mensonge, alors ?) Et délice suprême : sur mon passeport, le tampon est JUSTE en face du visa sans même que je le demande !<br />
Accrochés à leurs petits postes de radio, les Nigériens suivent attentivement l’évolution des discussions entre Mamadou Tandja et l’opposition. Dans la rue, la vie, elle, suit son cours.</p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/girafes.jpg"><img src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/girafes.jpg" alt="" title="Des girafes" width="530" height="368" class="aligncenter size-full wp-image-1004" /></a></p>
<p>Niamey, enfin ! La dernière étape après plus de trois mille kilomètres, après trois frontières traversées, après deux mois et demi de route. </p>
<p>Devant moi, deux semaines. Deux semaines pour se gorger de soleil, de couleurs, de l’odeur de bois brûlé et de poussière, deux semaines pour se gaver de brochettes de zébu et de Conjoncture (bière locale), pour s’écoeurer presque de cet ailleurs qu’il faudra bientôt quitter.</p>
<p>Niamey, enfin ! Et déjà, trois jours passés sans approcher une connexion internet acceptable. Trois jours bien remplis : aux côtés de Sandra, chercheuse du CNRS qui travaille sur les récits de griots zarma, j’ai zigzagué dans la ville en taxi. Une première rencontre avec Djéliba Badjé, le plus grand griot du Niger. Le secret des douze ingrédients de la beauté d’une femme (oui, oui). Et des girafes !</p>
<p>Mais tout ça, je vous le raconterai…l’année prochaine ! Passez tous un très beau réveillon !</p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/nuit.jpg"><img src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/nuit.jpg" alt="" title="Le fleuve Niger" width="530" height="267" class="aligncenter size-full wp-image-1005" /></a></p>
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		<title>Maître F.T. Pacere &#171;&#160;Il n&#8217;y a quasiment plus de griots mossi au Burkina Faso.&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Dec 2009 00:00:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>amelie</dc:creator>
				<category><![CDATA[03-Burkina Faso]]></category>
		<category><![CDATA[Griots et Griottes]]></category>
		<category><![CDATA[Bendré]]></category>
		<category><![CDATA[Burkina Faso]]></category>
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Pendant que je tente une nouvelle fois de passer la frontière nigérienne, je vous laisse encore un jour à Ouagadougou.

Dès mon arrivée à Ouagadougou, tout le monde m&#8217;a conseillée d&#8217;essayer de rencontrer Maître Frédéric Titinga Pacere. Essayer seulement parce que Maître Pacere est un homme très occupé. &#171;&#160;Hommes de lettres  et de culture&#160;&#187;, Me Pacere est également avocat [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/sourire4.jpg"></a></p>
<p>Pendant que je tente une nouvelle fois de passer la frontière nigérienne, je vous laisse encore un jour à Ouagadougou.</p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/sourire6.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-988" title="Maître Frédéric TItinga Pacere" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/sourire6.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p>Dès mon arrivée à Ouagadougou, tout le monde m&#8217;a conseillée d&#8217;essayer de rencontrer Maître Frédéric Titinga Pacere. Essayer seulement parce que <a href="http://www.musee-manega.bf/fr/fondateurdumusee/fhomme.htm">Maître Pacere est un homme très occupé.</a> &laquo;&nbsp;Hommes de lettres  et de culture&nbsp;&raquo;, Me Pacere est également avocat et plaide depuis 1985 au Tribunal Pénal International.</p>
<p>Ma chance, c&#8217;est que les plaidoiries du procès auquel il prend part sont terminées. Et qu’il s’accorde quelques mois de répit chez lui, au Burkina, pour souffler et  s’occuper de son musée de Manega, <em>« le plus grand musée privé d’Afrique de l’ouest »</em>, précise-t-il, le musée de la Bendrologie.</p>
<p>Souffler un peu et, au passage, publier quelques bouquins, sa spécialité. La liste de ses ouvrages est si longue qu’il peut se permettre d’en placer un titre à peu près dans chacune de ses réponses !</p>
<p><span id="more-972"></span></p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/bendre-42.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-984" title="Bendré" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/bendre-42.jpg" alt="" width="250" height="330" /></a>La Bendrologie est un concept dont il est l&#8217;inventeur. C’est la science du bendré, le tam-tam parleur chez les Mossi, peuple du Burkina Faso.</p>
<p>Ainsi, hors des discours écrit et oral, il existe le discours tambouriné.</p>
<p>Dans cette langue du tam-tam, pas de sujet, de verbe ou de complément. <em>&laquo;&nbsp;C&#8217;est une juxtaposition de devises et de formules. Chaque Roi choisit sa formule. Chaque métaphore donne des informations sur le contexte économique, politique, social et culturel. &nbsp;&raquo; </em>Ainsi dans une culture de l&#8217;oralité sans registre ni archive, le tam-tam parleur renferme l&#8217;histoire du pays mossi et des différentes cours royales qui le composent. <em>&laquo;&nbsp;Mais il faut en connaître les codes pour comprendre le discours. &laquo;&nbsp;</em></p>
<p>Or, d&#8217;après Maître Pacere, de moins en moins de personnes au Burkina Faso sont capables d&#8217;interpréter les rythmes traditionnels du bendré<em>. &laquo;&nbsp;Ce n&#8217;est pas une langue à la portée de tous. Seuls les anciens et les chefs coutumiers sont supposés en posséder les clés. Très peu de femmes comprennent le bendré. »</em></p>
<p>Lui se dit &laquo;&nbsp;prince héritier&nbsp;&raquo; de la cour royale de Manéga et, en tant que tel, a pu côtoyer très jeune des équipes de griots rattachées à sa cour et apprendre la langue du tam-tam. C’est à Manéga qu’il a choisi de faire construire son musée de la Bendrologie. Lui, <em>« le premier enfant de sa région à avoir été à l’école et à l’université »</em> voit comme une mission la préservation par tous les moyens de sa culture ancestrale. <em>&laquo;&nbsp;Cette culture n&#8217;est pas seulement en danger. Elle est tout simplement en train de disparaître.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/statuette1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-985" title="Dans le bureau de Maître Titinga Pacere" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/statuette1.jpg" alt="" width="530" height="316" /></a></p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Sur toutes les cours royales mossi, il n&#8217;y en a plus que trois où il y a encore des équipes de griots. Il n&#8217;y a quasiment plus de griots Mossi en exercice et ceux qui jouent du tam-tam… je ne peux pas dire qu’ils ne connaissent rien &#8230; mais ils  en connaissent très peu.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p><em>« Il y a quelques années j’ai fait venir dix des plus grands griots de l’empire mossi, ceux de la cour du Mogho Naba*. Le roi ,normalement, a 330 devises, des formules de sagesse. Je leur ai demandé s’ils pouvaient me les citer. A eux tous, ils n’ont pas pu m’en citer plus de dix. »</em></p>
<p>En 1984, Maître Pacere identifie 20 griots pour donner des cours avec lui à l’université de Ouagadougou. <em>« Le dernier de ces griots est mort l’année dernière. Et nous n’avons rien prévu pour préserver ce savoir. »</em></p>
<p>Son musée il l&#8217;a construit sur fonds privés uniquement. <em>&laquo;&nbsp;J&#8217;écris régulièrement des lettres aux ministres de notre gouvernement pour leur demander de faire quelque chose pour la préservation de la culture. Mais on ne répond même pas à mes courriers.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Alors Maître Pacere ajoute régulièrement des lignes à la liste de ses publications et de ses titres honorifiques. Ecrire, écrire, il faut tout écrire. Et tant pis si le papier n’est pas fidèle à l’âme de la tradition orale. <em>« Il faut faire feu de tout bois,</em> répond Maître Pacere<em>. Ce n’est pas l’idéal mais nous n’avons pas le choix. Il faut cette base de travail pour les prochaines générations. »</em> Mais de qui parle-t-il donc ? A en croire le Pr Alain Sanou, ces « prochaines générations » ne s’intéressent pas beaucoup à ce patrimoine-là.</p>
<p>Maître Pacere continue d’écrire, obstinément. Et à ses piles de livres, il veut ajouter un édifice : la construction d’une école de tam tam parleur. Là encore, selon lui, <em>« il faut faire feu de tout bois »</em> et ouvrir l’école à tous, qu’ils soient fils de griots ou non.</p>
<p><a href="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/portrait22.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-986" title="Dans le bureau de Maître Pacere" src="http://griots.blog.pelerin.info/wp-content/uploads/2009/12/portrait22.jpg" alt="" width="530" height="297" /></a></p>
<p><em>* Mogho Naba est le roi des mossis</em></p>
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		<title>Passage de la frontière nigérienne : faux départ</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Dec 2009 12:20:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>amelie</dc:creator>
				<category><![CDATA[03-Burkina Faso]]></category>
		<category><![CDATA[04-Niger]]></category>
		<category><![CDATA[Sur la route]]></category>
		<category><![CDATA[Burkina Faso]]></category>
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		<description><![CDATA[Je devais aujourd’hui reprendre la route pour la dernière étape du voyage : Ouagadougou - Niamey. L&#8217;ultime session de &#171;&#160;dix heures* à se tasser les vertèbres et à fondre sur des fauteuils en simili cuir&#160;&#187; de cette traversée.  Dernière étape qui s&#8217;avère être la plus compliquée car la plus incertaine. 

Au Niger, la situation politique est pour le moins obscure. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je devais aujourd’hui reprendre la route pour la dernière étape du voyage : Ouagadougou - Niamey. L&#8217;ultime session de <em>&laquo;&nbsp;dix heures* à se tasser les vertèbres et à fondre sur des fauteuils en simili cuir&nbsp;&raquo;</em> de cette traversée.  Dernière étape qui s&#8217;avère être la plus compliquée car la plus incertaine. </p>
<p><span id="more-992"></span></p>
<p>Au Niger, <a href="http://www.medianiger.info/">la situation politique est pour le moins obscure</a>. Crise politique ? Négociations ? Coup d&#8217;Etat ? Les rumeurs vont bon train. Les informations sont rares et les communiqués contradictoires.</p>
<p>Ces derniers jours, je guettais sur internet les rares dépêches concernant le président Mamadou Tandja, la fin de son mandat officiel et l&#8217;impossible réponse à la question : y a-t-il un risque ?</p>
<p>4h20, ce matin. Après une courte nuit sans sommeil, je me lève avec la nausée. Symptôme de ma puissante capacité à rationnaliser mes inquiétudes, vous l&#8217;aurez compris.</p>
<p>Pendant que le muezzin appelle les fidèles à la prière, mes hôtes, Bénédicte et Thierry, me taquinent en évoquant les coupeurs de route qui sévissent à l&#8217;est du Burkina. Moi et ma boule d&#8217;angoisse, ça ne nous fait pas rire du tout.</p>
<p>Arrivée à la gare routière (5h30), je n&#8217;ai d&#8217;ailleurs plus envie de monter dans le bus.</p>
<p>Une petite lampe sur un côté aide un homme à préparer quelques boissons chaudes. Sous un néon mourant quelques hommes font leurs ablutions. Le reste de la gare est plongée dans l’obscurité. Personne ne s’occupe de nous. Pas la moindre trace de l’effervescence d’un départ imminent.</p>
<p>Une femme  jette un œil à mes bagages. <em>« Vous allez à Niamey ? Le bus ne part pas avant midi. »</em></p>
<p>« L’apprenti-chauffeur » qui descend du bus, crache en guise d’explication et s’en va. Sous le véhicule, un homme termine sa nuit enroulé dans une couverture. A contre cœur, il s’extirpe de son sommeil pour nous répondre, économisant ses mots. <em>« C’est le 27 non ? La frontière est fermée. Pour les élections. On part pas avant midi. »</em></p>
<p>Des élections ? Des élections municipales apparemment, quelque part dans le pays. Pas de passage au Niger jusqu&#8217;à minuit. Et si il y a un conseil que tout le monde m&#8217;a donné c&#8217;est bien de ne pas rouler la nuit.</p>
<p>Donc, même joueur joue encore. Nouvelle tentative demain. Le réveil sonnera de nouveau à 4h30. Joie.</p>
<p><em>*dix heures = durée annoncée. La direction rejette toute responsabilité en cas d&#8217;allongement du temps de parcours, bien sûr. </em></p>
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