Carte postale (3) Au pied de la falaise de Bandiagara

Ceux qui rêvent d’aller un jour au pays dogon seront très déçus en lisant ces lignes. Ou me trouveront ingrate.
Des contrées traversées ces dernières semaines, c’est certainement celle que j’ai le moins aimée.

Certes, les couleurs rougeoyantes de la falaise sont sublimes, l’habitat traditionnel des Dogons est surprenant. Les greniers aux formes schtroumpfesques spectaculaires. Les tatouages noirs autour des lèvres des femmes peules fascinants.
Mais que vient-on chercher ici ? L’assurance que des pratiques ancestrales perdurent ? Ce tourisme anthropologique a provoqué chez moi un malaise.
Malaise dans ces hameaux de vieillards et d’enfants que les jeunes gens désertent. Lunettes de soleil, portable, jeans siglés, montres clinquantes, ils rêvent d’autre chose.
Malaise quand à Songho, en haut de la colline où se niche la grotte de la circoncision, on m’explique que la colline est interdite aux femmes. Danger de mort. « Mais pour vous c’est différent. La colline accepte les peaux blanches. » La colline a du flair.
Malaise quand, juchées sur une charette, de jeunes touristes suisses distribuent en riant des bonbons aux enfants qui courent après elles. A leurs côtés, les mines crispées des guides maliens, honteux devant ces gamins transformés en petits mendiants. Mais silencieux. Le toubab est roi, non ? Et chacun fait son business comme il peut.
Malaise quand croyant faire plaisir, un guide propose d’organiser à l’aube « juste avant de prendre le bus » une danse des masques traditionnelle dogon pour les touristes du campement. Que peut-il se passer dans la tête de ceux à qui on apprend depuis l’enfance que ces danses et masques sont sacrés, s’il suffit qu’un blanc paye pour qu’on leur dise « tiens demain matin c’est la fête ! »
Greniers

Echelle dogon

Chez le hogon, guide spirituel du village

On me dira que je n’avais qu’à sortir des sentiers balisés pour me rendre dans les villages « authentiques », « préservés ». Peut-être. Mais jusqu’à quand ? Les villages dans lesquels on passe aujourd’hui se voulaient il y a quelques années « authentiques » et »préservés ». Les circuits proposés par les guides ne font que se déplacer.
J’aurais aimé vous parler mieux du pays dogon. Les quelques photos vous montreront que tout cela est bien moins sombre que le ton de ces propos.
J’étais tout de même soulagée de rentrer à Bamako. Je n’y suis qu’une étrangère. Ce statut là me va mieux.


* Merci à Matthieu et Michel pour leurs photos
05/12/2009


06/12/2009 à 15 h 33 min
Coincée entre de curieux débats sur l’identité nationale et la panique grippale, je viens de m’accorder un bien beau voyage. Merci Amélie.
Je ne suis jamais allée en Afrique et ce récit coloré et serein me donne furieusement envie de tenter l’expérience.
Bises et à bientôt
Marie-Pascale
09/12/2009 à 16 h 08 min
c’est tout à fait ce que j’ai vécu lors d’un voyage chez les Dogons ….
helas … nous sommes loin de Marcel Griaule …
bonne continuation ….
24/06/2010 à 10 h 21 min
Hello dude, can i post articles to your blog ? Let me know if you are interested